Il y a de cela bien longtemps, j'ai étudié en sociologie des communications. Parmi les textes incontournables de cette époque sur la beauté comme monnaie sociale, la beauté et l'industrie comme piège sans fin, le double standard du vieillissement, etc. il y avait ceux de Susan Sontag, de Naomi Wolf et autres féministes très engagées, puis quelques décennies plus tard je suis tombée sur l'Histoire de la beauté d'Umberto Eco (2010) qui a vraiment piqué ma curiosité. Ces dernières années je me suis donc souvent demandé ce qu'un philosophe et sémioticien de sa trempe dirait de l'ère de l'Instagram Face... car vieillir à l'ère de l'« Instagram Face » impose, encore une fois, une formidable pression esthétique, des standards de beauté encore plus inatteignables que le fameux 36-24-36 (ce n'est pas une combinaison de cadenas, mais plutôt les chiffres représentant les fameuses courbes de Marilyn...bien qu'il semble que Marilyn elle-même faisait plutôt dans le 36-24-34).
Bref, l'Instagram Face c'est les pommettes hautes, les lèvres pulpeuses, la peau parfaitement lisse, les faux-cils en quasi permanence, merci aux filtres des réseaux sociaux, à la médecine esthétique et à toutes les Kardashian de ce monde! On ne parle plus ici d'harmonie naturelle, mais bien de construction technologique, d'hyperréalité. Ces visages sont devenus des produits de consommation lisses, uniformes, cliquables et remplaçables, car standardisés et répétitifs. Je crois qu'Eco pourrait établir des parallèles entre cette ère et celle de la quête de perfection médiévale, le corps qui renvoie à la beauté divine, ou encore avec les modèles de la Renaissance, mais moi je n'ai pas cette compétence.
Je reviens donc au fait que je tente de vieillir sereinement, dans une saine acceptation de la réalité, mais dans un environnement numérique qui valorise une image perfectionnée et irréelle. La cohabitation entre le temps qui passe et l'écran amène des enjeux majeurs et représente un défi psychologique et esthétique inédit. Toutefois, je crois que se détacher des normes de perfection dont nous sommes constamment mitraillées demande un effort conscient, mais payant! Actuellement des influenceuses seniors, des actrices, des politiques, des essayistes, des animatrices... des nouvelles voix émergent de partout affichant fièrement leurs rides et leur excentricité pour montrer que l'âge reste un privilège et non une défaillance.
Ma propre recette préférée pour y arriver? Quelques gouttes d'irrévérence dans mon verre de lucidité! Et la vôtre? À suivre...
2 commentaires
Never forget that a lot of what we see online is edited , filtered and optimized for attention – not reality . In real life life people are drawn to humor, calmness, competence , warmth and character . Those qualities usually grow stronger with age . Staying socially and professionally active helps me counter the idea that aging means becoming irrelevant .
All true. We also have to reach young women and even young men so that they are aware that aging is a privilege and not a fatality.