Ode à l'âge de la liberté

|Marie-France Laberge
Ode to Growing Older

Il m'a fallu beaucoup de temps pour accepter d'être dans la soixantaine. Comme j'ai toujours fait dix ans de moins que mon âge, cela m'a longtemps permis d'éviter certains désagréments liés au vieillissement, mais une fois que l'on décide de prendre sa retraite… il est difficile d'échapper à certaines questions venant de toutes parts.

Essayer d'accepter une certaine anxiété face au déclin, et s'habituer au regard des autres – qui nous renvoie une image à laquelle nous ne sommes pas encore habitués – est difficile. L'anxiété face au passage du temps, au vieillissement et à la mort est une préoccupation existentielle profondément humaine ; elle n'est en rien rare, bien au contraire. Je pense cependant que le fait d'avoir été témoin de la progression de la maladie d'Alzheimer chez deux de mes proches m'a rendu encore plus craintive face au déclin physique.

D'un autre côté, je suis le genre de personne pleine d'énergie et toujours sur de nouveaux projets, donc je savais pertinemment que mon travail artistique occuperait beaucoup plus de mon temps une fois ma carrière d'enseignante derrière moi. Ce que je n'avais pas réalisé, en revanche, c'est que je prendrais autant de plaisir à créer pour les femmes plus âgées, celles qui refusent de s'effacer, de se taire ou de faire comme si la vie s'arrêtait à la fin de leur carrière.

C'est en créant ce modèle, intitulé « Ode à l'âge de liberté », que j'ai vraiment senti que j'avais fait beaucoup de chemin, que j'étais très bien dans ma peau de femme dans la soixantaine, et qu'il me restait encore tant de choses à célébrer !

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